30 % des forêts tropicales mondiales, 107 GW de potentiel hydroélectrique, mais seulement 0,8 Md$ de finance verte captée par an. La CEEAC dispose d'un capital naturel d'envergure mondiale mais ne parvient pas à le monétiser. Analyse des blocages et des leviers de retournement.
Un capital naturel sans équivalent
Le bassin du Congo, deuxième massif forestier tropical au monde après l'Amazonie, couvre plus de 200 millions d'hectares. Cette forêt absorbe environ 1,5 milliard de tonnes de CO2 par an, soit plus que les émissions annuelles du Japon. À ce titre, la CEEAC rend un service écosystémique d'envergure planétaire.
Au-delà de la forêt, la région dispose d'un potentiel hydroélectrique estimé à 107 GW, dont moins de 5 % est exploité. Le site d'Inga, en RDC, pourrait à lui seul produire 40 GW, soit l'équivalent de 40 réacteurs nucléaires. Ce potentiel fait de la CEEAC un acteur clé de la transition énergétique mondiale.
Le paradoxe de la captation financière
Malgré ce capital naturel exceptionnel, la CEEAC ne capte qu'une fraction marginale des flux de finance verte mondiaux. Sur les 632 milliards de dollars de finance climat mobilisés en 2023, l'Afrique centrale n'en a reçu que 0,8 milliard, soit 0,13 %. Ce ratio est sans commune mesure avec la contribution de la région à la régulation climatique mondiale.
Les marchés de crédits carbone, qui devraient théoriquement valoriser les services écosystémiques de la forêt du bassin du Congo, restent embryonnaires dans la région. Moins de 1 % des crédits carbone mondiaux proviennent de la CEEAC, faute de cadres réglementaires adaptés, de capacités techniques et de projets structurés.
Les blocages structurels
Plusieurs facteurs expliquent ce paradoxe. L'absence de cadre réglementaire harmonisé au niveau régional pour les marchés carbone et la finance verte constitue un frein majeur. Chaque pays développe sa propre approche, sans coordination, ce qui fragmente le marché et réduit son attractivité pour les investisseurs internationaux.
Le déficit de capacités techniques est également criant. Les méthodologies de mesure, reporting et vérification (MRV) des stocks de carbone forestier sont complexes et coûteuses. Peu d'institutions dans la région disposent de l'expertise nécessaire pour développer des projets conformes aux standards internationaux.
Les leviers de retournement
La création d'un marché régional du carbone, adossé à un registre commun et à des standards harmonisés, pourrait transformer la donne. L'initiative de la Commission des forêts d'Afrique centrale (COMIFAC) va dans ce sens, mais elle manque encore de moyens et de volonté politique.
Le mécanisme REDD+ (Réduction des émissions liées à la déforestation et à la dégradation des forêts) offre un cadre prometteur. Le Gabon a été le premier pays africain à recevoir un paiement basé sur les résultats pour la réduction de la déforestation, ouvrant la voie à d'autres pays de la région.
Enfin, le développement de l'hydroélectricité, avec des projets structurants comme Inga III, pourrait positionner la CEEAC comme fournisseur d'énergie propre pour l'ensemble du continent. Mais ces projets nécessitent des investissements colossaux et une gouvernance irréprochable pour attirer les financements internationaux.