Panne sèche à la CEMAC — Crise financière et ajustements budgétaires
Dossier Central

Panne sèche à la CEMAC — Crise financière et ajustements budgétaires

La Rédaction Habari15 min de lectureFévrier 2026
La CEMAC traverse une crise existentielle. Suspension des activités de la Commission, arriérés de contributions, dette souveraine hors de contrôle. Habari décrypte les ressorts de cette panne sèche et les leviers de relance pour les six économies de la zone.
Partager :
Chiffres clés
58M
Habitants CEMAC
~105 Mds $
PIB cumulé
3,1%
Croissance moy.
6
Pays membres

Une Commission à l'arrêt

La Commission de la CEMAC a suspendu ses activités faute de financement. Les arriérés de contributions des États membres ont atteint des niveaux critiques, paralysant le fonctionnement de l'institution. Cette situation inédite révèle la fragilité du modèle de financement communautaire, entièrement dépendant de la bonne volonté budgétaire des États.

Le Cameroun, premier contributeur, accumule lui-même des retards significatifs. Le Gabon, en pleine transition politique, a d'autres priorités budgétaires. Le Tchad consacre l'essentiel de ses ressources à la sécurité. Résultat : la machine institutionnelle tourne au ralenti.

La dette souveraine, épée de Damoclès

Le ratio dette/PIB moyen de la zone CEMAC dépasse désormais les 50 %, bien au-delà du critère de convergence fixé à 70 % par la BEAC. Mais ce chiffre masque des disparités considérables. Le Congo-Brazzaville affiche un ratio supérieur à 100 %, tandis que le Cameroun se maintient autour de 45 %.

La structure de la dette a également évolué. La part de la dette commerciale et des eurobonds a augmenté, renchérissant le coût du service de la dette. Les marges de manœuvre budgétaires se réduisent, contraignant les États à des arbitrages douloureux entre investissement public et remboursement.

Le piège de la dépendance pétrolière

Quatre des six pays de la CEMAC sont des producteurs de pétrole. Cette dépendance aux hydrocarbures, qui représentent encore plus de 60 % des recettes d'exportation de la zone, expose les économies aux chocs de prix. La transition énergétique mondiale ajoute une dimension structurelle à cette vulnérabilité.

Les tentatives de diversification restent timides. Le Cameroun a développé un tissu industriel plus diversifié, mais les autres économies peinent à sortir du modèle rentier. L'agriculture, qui emploie la majorité de la population, reste sous-investie et peu productive.

La BEAC face à ses contradictions

La Banque des États de l'Afrique Centrale (BEAC) joue un rôle central dans la stabilité macroéconomique de la zone. Mais elle fait face à un dilemme : maintenir la parité fixe du franc CFA avec l'euro tout en soutenant des économies en difficulté. Les réserves de change, bien qu'en amélioration, restent sous surveillance.

Le taux directeur, relevé pour contenir l'inflation, pénalise l'accès au crédit pour les entreprises et les ménages. Le financement de l'économie réelle reste le maillon faible du système financier de la CEMAC.

Quels leviers de relance ?

Plusieurs pistes se dessinent pour sortir de l'impasse. La réforme du financement communautaire, avec l'introduction de ressources propres (prélèvement communautaire, taxe sur les transactions financières), permettrait de pérenniser le fonctionnement des institutions.

L'accélération de l'intégration commerciale, avec la mise en œuvre effective du tarif préférentiel généralisé et la suppression des barrières non tarifaires, pourrait dynamiser le commerce intra-zone, aujourd'hui inférieur à 5 % du commerce total. Enfin, la mobilisation de la finance verte et des crédits carbone, compte tenu du capital forestier considérable de la zone, constitue une opportunité encore largement inexploitée.

En résumé

La CEMAC traverse une crise institutionnelle et financière sans précédent. La réforme du financement communautaire, l'accélération de l'intégration commerciale et la mobilisation de la finance verte constituent les principaux leviers de sortie de crise.

Cet article vous a intéressé ? Partagez-le :

Partager :