Le Gabon affiche une ambition économique tous azimuts. Mais derrière la volonté politique se cache une équation plus dure : transformer l'économie avant que la contrainte budgétaire ne l'impose. Entre grands projets et réalités comptables, enquête sur un pays qui parie gros.
L'ambition de la « renaissance »
Depuis la transition d'août 2023, le général Brice Clotaire Oligui Nguema a lancé un vaste programme de transformation économique. Routes, hôpitaux, logements sociaux, zones économiques spéciales : les annonces se succèdent à un rythme soutenu. Le Plan national de développement de la transition (PNDT) ambitionne de diversifier l'économie et de réduire la dépendance au pétrole.
Cette volonté de rupture avec l'ère Bongo se traduit par des investissements massifs dans les infrastructures. Le budget d'investissement a été significativement augmenté, avec une priorité donnée aux projets à fort impact social : eau potable, électrification rurale, désenclavement routier.
Le mur de l'argent
Mais la question du financement se pose avec acuité. Le Gabon, malgré un PIB par habitant relativement élevé pour la sous-région, dispose de marges budgétaires limitées. La dette publique avoisine les 55 % du PIB, et le service de la dette absorbe une part croissante des recettes fiscales.
Les recettes pétrolières, bien qu'en légère reprise, ne suffisent plus à financer les ambitions du régime. La fiscalité non pétrolière, malgré des efforts de modernisation, reste insuffisante. Le Gabon se retrouve dans une situation paradoxale : un pays riche en ressources naturelles mais contraint budgétairement.
La carte de la diversification
Le gouvernement mise sur plusieurs secteurs pour diversifier l'économie. Le bois, deuxième ressource d'exportation, fait l'objet d'une politique de transformation locale plus ambitieuse. L'interdiction d'exporter des grumes, effective depuis 2010, a permis le développement d'une industrie de transformation, mais celle-ci reste en deçà de son potentiel.
Le tourisme, l'agriculture et l'économie numérique sont également identifiés comme des relais de croissance. Mais ces secteurs nécessitent des investissements lourds en infrastructures et en formation, dont les retours ne se matérialiseront qu'à moyen terme.
Les partenaires internationaux en observation
Le FMI et la Banque mondiale suivent de près l'évolution de la situation gabonaise. Un programme de facilité élargie de crédit pourrait être envisagé, mais il impliquerait des conditionnalités strictes en matière de gouvernance budgétaire et de transparence des finances publiques.
La Chine, partenaire historique du Gabon, reste un interlocuteur clé pour le financement des infrastructures. Mais les conditions de ces financements, souvent adossés aux ressources naturelles, font l'objet de débats croissants sur leur soutenabilité à long terme.