La transition énergétique mondiale repose sur les ressources africaines, mais qui en capture réellement la valeur ? Avec 70 % de la production mondiale de cobalt et des réserves colossales de lithium et de graphite, l'Afrique centrale et australe se trouve au cœur de la révolution énergétique. Pourtant, le continent reste largement exclu des segments à forte valeur ajoutée.
Les chiffres de l'Agence Internationale de l'Énergie sont sans appel : la demande en minerais critiques pour les technologies propres devrait tripler d'ici 2030 et quadrupler d'ici 2040. Le lithium connaîtra la croissance la plus spectaculaire, avec une multiplication par neuf de la demande, tandis que le cobalt, le nickel et les terres rares verront leur demande doubler.
« L'Afrique détient 30 % des réserves mondiales prouvées de minerais critiques. D'ici 2030, la valeur de marché pour la production minière africaine devrait augmenter de 65 % pour atteindre environ 200 milliards USD. » — AIE, Global Critical Minerals Outlook 2024
L'Afrique centrale au cœur du système
La République Démocratique du Congo domine la production mondiale de cobalt avec une position quasi monopolistique : en 2024, les trois principales mines congolaises — Kisanfu, Tenke Fungurume et Kamoto — ont produit à elles seules plus de 50 % du cobalt mondial. La RDC possède par ailleurs 71 % des réserves mondiales prouvées de cobalt, un minéral essentiel aux batteries des véhicules électriques et aux équipements d'intelligence artificielle.
Le Zimbabwe s'affirme comme leader continental du lithium, tandis que Madagascar et le Mozambique dominent la production de graphite. L'Afrique détient 26,7 millions de tonnes de ressources lithium identifiées, avec des coûts de production compétitifs oscillant entre 250 et 650 USD par tonne, contre 800 USD en Australie.
Le paradoxe de la captation de valeur
Malgré cette position stratégique, l'Afrique reste largement exclue des segments à forte valeur ajoutée de la chaîne de batteries. La Chine contrôle aujourd'hui 73 % du raffinage du cobalt, 58 % du lithium, 67 % du nickel et 80 % du graphite de qualité batterie. Les minerais bruts quittent le continent pour être raffinés en Asie, où la valeur ajoutée se concentre.
Résultat : malgré 40 % des réserves mondiales de minerais de batteries, l'Afrique reste piégée dans l'extraction brute, captant à peine 15 à 20 % de la valeur totale de la chaîne d'approvisionnement.
Des stratégies de souveraineté émergent
Face à ce constat, plusieurs États africains adoptent des politiques de souveraineté minière. En 2025, la RDC a temporairement interdit les exportations de cobalt brut. Le Zimbabwe a interdit l'exportation de lithium brut et investit 270 millions USD dans une usine de concentration. La Namibie a également banni les exportations de lithium brut.
L'ambition ultime est la fabrication locale de batteries. Au Maroc, le groupe Gotion High-Tech construit une gigafactory à Kenitra (1,3 milliard USD, 20 GWh). Le Nigeria a signé un accord pour une usine de batteries de 150 millions USD. Ces initiatives s'inscrivent dans la dynamique de la ZLECAF, qui place la chaîne de valeur des batteries parmi ses priorités.
« La transition énergétique mondiale ne se fera pas sans l'Afrique. Reste à savoir si l'Afrique la fera avec ou sans les Africains. »
Les minerais « verts » représentent une opportunité historique pour l'Afrique de briser le cycle de l'extraction brute. Mais cette opportunité ne se concrétisera que si les États africains parviennent à coordonner leurs politiques, à investir massivement dans les infrastructures et à négocier collectivement avec les investisseurs étrangers. Le risque, en cas d'échec, est de reproduire le schéma colonial d'extraction sans développement économique durable.
Sources : AIE, Global Critical Minerals Outlook 2024-2025 ; Banque mondiale ; Manufacturing Africa & Faraday Institution ; ECA-ONU ; S&P Global ; Center for Global Development.